Chantal Brunel, l’alibi féministe en carton-pâte du gouvernement

Parce que le projet de loi proposé par le gouvernement ne résout en rien les inégalités de retraite entre hommes et femmes, parce que la parité est une lutte au quotidien, et parce que la condition de la femme ne doit surtout pas être instrumentalisée, j’ai décidé avec plusieurs de mes collègues de m’opposer fermement au rôle tenu par Chantal Brunel et à la récente réforme des retraites proposée par la majorité présidentielle. Voici, ci-dessous, une tribune publiée aujourd’hui par Mediapart.


Chantal Brunel, l’alibi féministe en carton-pâte du gouvernement

Manifestement, diriger l’Observatoire de la Parité ne garantit ni une vue lucide sur la situation des femmes ni une once d’autonomie dans l’analyse des propositions gouvernementales.
Dans une savante mise en scène, Chantal Brunel, fraîchement promue Présidente de l’Observatoire de la Parité, s’est d’abord émue début juin que le sujet des femmes ne soit pas pris en compte dans la réforme des retraites, pour se féliciter avec zèle cette semaine qu’un pas ait été fait. De quoi s’agit-t-il ?
Le gouvernement a pioché une des dix propositions de la délégation aux Droits des femmes de l’Assemblée nationale en prenant en compte l’indemnité du congé maternité dans le calcul de la retraite. Cette mesure, des dires mêmes du ministre du Travail «ne bouleversera pas les inégalités en profondeur ».
La situation des retraitées est alarmante, et les inégalités en matière de retraites se sont même creusées ces dernières années comme l’a récemment montré l’INED (Institut National des Etudes Démographiques). Et voilà que Chantal Brunel se fait l’écho d’un gouvernement qui instrumentalise une mesure minimale prise pour les femmes afin de masquer le caractère profondément injuste de sa réforme.

Aujourd’hui l’écart de retraite entre les femmes et les hommes est de 38%. Une retraitée sur deux perçoit moins de 900 euros par mois. Les inégalités salariales, les carrières en dent-de-scie, le temps partiel, les emplois précaires, les difficultés liées au non partage de la parentalité et des tâches ménagères… expliquent cette situation de précarité et d’inégalité.
En bout de course, 30% des femmes liquident aujourd’hui leurs droits à 65 ans contre 5% des hommes, devant cotiser tard pour réunir les semestres suffisants. Reculer l’âge légal de départ à taux plein de 65 à 67 ans va donc pénaliser en priorité les femmes. Il en sera de même avec la fin du dispositif de départ anticipé pour les fonctionnaires parents de 3 enfants ayant 15 ans de services, qui permettait aux femmes de bénéficier d’une retraite à taux plein malgré des carrières souvent interrompues par les congés maternité ou parental.

Sur ces deux sujets, la Présidente de l’Observatoire de la Parité observe un mutisme coupable. Si elle avait à cœur de remplir la mission qui est la sienne, elle aurait dû exiger des analyses et dispositions pour mettre un terme aux inégalités en matière de retraites. Au-delà des réformes structurelles pour l’égalité salariale que M. Sarkozy promet depuis 2007 mais dont rien n’est encore prévu, des mesures compensatoires peuvent être prises aujourd’hui, comme le développement de la sur-cotisation pour les temps partiels ou le rétablissement de la majoration de durée d’assurance. C’est cela l’urgence sociale.
Sur la réforme territoriale, sur les retraites ou bientôt sur l’égalité professionnelle, Chantal Brunel sert d’alibi féministe au Gouvernement. Personne n’est dupes des campagnes de communication creuses dans lesquelles il martèle que sa réforme est juste. Pour les salariés et particulièrement pour les femmes, nous lui conseillons d’acquérir rapidement un dictionnaire de qualité. La justice ne peut être synonyme de régression sociale.

Danielle BOUSQUET, Députée des Côtes d’Armor, Vice-Présidente de l’Assemblée Nationale
Catherine COUTELLE, Députée de la Vienne
Pascale CROZON, Députée du Rhône
Gaëlle LENFANT, Secrétaire nationale adjointe Droits des femmes du Parti socialiste

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