Une histoire d’Histoire

Une fois encore, l’actualité législative est riche. Il est des textes qui n’attirent pas l’attention mais qui peuvent poser des questions sensées. C’est le cas du projet de loi discuté cette semaine sur les archives.

La volonté du gouvernement est d’actualiser la loi de 1979 encadrant l’accès et la protection des archives.

Si le texte renforce effectivement leur protection et leur accessibilité, chose à laquelle, de par ma formation d’historienne, je suis personnellement attachée, un amendement sénatorial dénature la visée première du texte.

Il allonge en effet le délai d’ouverture des archives à 75 ans pour les documents « susceptibles de porter atteinte à la vie privée ». Cette notion floue pose problème aux historiens qui se verraient à ce motif refuser des archives concernant la guerre d’Algérie, d’Indochine, ou encore (puisque c’est d’actualité) Mai 68.

Un gouvernement si prompt à encenser le « modèle allemand » ne devrait-il pas regarder ce qu’a fait la République Fédérale Allemande, qui dès la chute du mur a ouvert les dossiers de la Stasi aux historiens, aux citoyens et même aux ressortissants de pays étrangers. L’incommunicabilité des sources, aucun pays démocratique ne la pratique plus.

Invoquer la vie privée pour cacher notre histoire plus longtemps aux spécialistes ou même aux citoyens exprime la peur de voir surgir des débats douloureux. Doit-elle être plus forte que l’examen scientifique de données historiques ?

Je m’opposerai donc à ce texte en conscience, les historiens et le public doivent pouvoir accéder aux sources en toute liberté, passé un certain délai.

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