Sida : « ni une maladie banalisée, ni une maladie du passé »


Catherine Coutelle participait hier mardi 19 février à l’audition de Marisol Touraine, Ministre de la santé et des Affaires sociales, conduite au sein du Groupe d’étude sur le Sida à l’Assemblée nationale. L’occasion de faire le point, dans cette instance dans laquelle elle travaille depuis son premier mandat (et dont elle est vice-présidente), sur une pandémie qui, malgré les progrès médicaux, est loin d’être réglée en France comme dans le monde.

Red ribbon isolated on white backgroundNon, le Sida n’est ni une maladie banalisée ni une maladie du passé : pour Marisol Touraine, le constat s’impose et sonne comme une incitation à pas céder à la tentation de croire que tout est réglé. Malgré ce constat affirmé avec force, la Ministre a voulu mettre hier l’accent sur l’immense chemin accompli et sur les atouts français en la matière.

La France en pointe de la recherche

En France, l’engagement public et la générosité des dons ont permis les progrès que l’on connaît en recherche, traitements mais aussi en dépistage. Aujourd’hui, la France se place au deuxième rang mondial des publications en recherche contre cette pandémie qui sévit depuis les années 80. Outre les 50 millions d’euros annuels qui lui sont consacrés, la Ministre rappelait hier la mobilisation française sur le sujet : en prolongement des investissements financiers, il y a aussi en effet la qualité d’équipes de chercheur-e-s reconnues (on se souvient du Prix Nobel de Médecine décerné à Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi en 2008, pour avoir découvert en 1983 le virus HIV), mais aussi celle des équipes médicales et de soins ainsi que l’extraordinaire travail des associations. A l’international, on notera encore que la France est le deuxième contributeur au Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme.

Débat sur l’autotest et inégalités face à la maladie

Au registre des sujets qui font débat en France, la Ministre a été interrogée hier sur les autotests. De quoi s’agit-il ? De « tests de dépistage à la maison », avec deux types de formules : soit le seul prélèvement se fait à la maison ; soit le prélèvement, la lecture et l’interprétation sont faites à domicile. En 2005, le Conseil national d’éthique rejetait leur utilisation en France, relevant que, selon des études du Conseil national du sida et du Centre du contrôle des épidémies américain, les tests pouvaient rendre un verdict « positif » faux dans la moitié des cas. Le Conseil notait aussi les risques psychologiques et humains liés à l’absence d’accompagnement médical dans le cas d’une annonce positive. Sans revenir pour l’instant sur cette décision, la Ministre relève toutefois que si ces autotests sont interdits à la vente en France, ils sont achetables sur Internet ou dans les pharmacies européennes…

Enfin, Marisol Touraine rappelait, sous l’angle des inégalités, que si le sida est loin d’être un « fait gay », il touche majoritairement en France encore les hommes homosexuels. Mais, comme on le voit en Afrique où 50% des personnes infectées sont des femmes, ces dernières ne sont pas épargnées. En France, certains « groupes » de femmes sont même de plus en plus touchées, comme les femmes immigrées, conséquence dramatique de leur exploitation par les mafias de la prostitution. Pour de tout autres causes, on constate aussi que certains territoires de la République sont plus nettement exposés que d’autres, telle la Guyane par exemple. A ces inégalités, quelles réponses ? « L’éducation à la santé et à la sexualité à l’école, mais aussi le port du préservatif », a martelé une nouvelle fois et avec raison la Ministre. Il n’est jamais inutile de le rappeler avec force.

 

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