Rencontres avec Jean-Yves Huet et Chantal Choisy

Dans le numéro 43 de la lettre Autrement et à lire ci-dessous, rencontres avec Chantal Choisy, déléguée CFDT au Printemps et Jean-Yves Huet, délégué CGT aux Fonderies du Poitou Aluminium.

A noter que la session parlementaire se terminera fin février et que cette lettre, qui parait chaque mois depuis le début du mandat, doit s’interrompre le temps de la période électorale jusqu’aux législatives de juin prochain. Je reste pleinement mobilisée dans la circonscription et vous pourrez continuer à suivre l’actualité, mes actions et prises de position en ligne sur ce blog, sur Facebook et Twitter.


L‘une a 32 ans de maison au Printemps du centre-ville de Poitiers, l’autre travaille aux Fonderies du Poitou

 

à Ingrandes depuis 29 ans. L’un est délégué du personnel pour la CGT, l’autre est aujourd’hui secrétaire du CE pour la CFDT.

L’un et l’autre ont pris un coup sur la tête en 2011. Les scénarios sont semblables.

« Presque une question diverse en fin de réunion » se souvient Chantal Choisy qui siégeait au Comité C

entral d’Entreprise à Paris le 27 mai dernier lorsque la fermeture du magasin poitevin lui a été annoncée. « Le choc a été énorme. Les collègues se cachaient dans les réserves pour pleurer. ». L’adjointe de vente qui a connu tous les rayons et vu passer de très nombreux directeurs ces dernières années, ne digère pas « l

e mensonge de la direction locale. ». « Jusqu’au bout, ils ont nié être informés alors qu’ils sont venus pour liquider après le changement de stratégie opéré à la suite du rachat par les italiens » (groupe Borletti). « On nous avait promis des enveloppes d’investissements pour réhabiliter et relancer mais elles ne sont jamais arrivées. ».

Aux Fonderies, Jean-Yves Huet évoque également un document remis en toute fin de séance le 13 juillet. Dans ce « plan de compétitivité », des baisses de salaires, d’environ 25% pour les ouvriers. A prendre ou à laisser. Les représentants des salariés n’ont pas accepté la procédure et ont engagé une action immédiate en justice. Sans cela, la loi de modernisation sociale de 2005 aurait permis la dénonciation des contrats de travail. Les fondeurs ont gagné du temps et voté la grève début septembre. « Les donneurs d’ordre n’avaient pas anticipé un conflit si suivi et si long. » indique J-Y Huet qui comprend maintenant que le groupe Renault (principal client des culasses

produites) avait décidé la fermeture de l’usine.
« En janvier, nous avions tenté d’alerter sur des mouvements de fonds très importants qui vidaient la trésorerie d’Ingrandes. Mais depuis très longtemps, et encore aujourd’hui, nous devons faire avec une extrême opacité sur les visées des dirigeants. » regrette le syndicaliste qui souligne aussitôt : « Nous avons désormais une excellente connaissance du dossier, presque aussi bonne que les autres protagonistes. Cette expertise est l’une de nos forces dans la bataille. »

Autre difficulté : la politique de la terre brûlée lorsque des logiques financières ont décidé de sacrifier une entreprise.

Aux Fonderies, Renault a retiré ses outillages, les comptes ont été vidés, tout comme les fours un peu avant l’occupation de l’usine. Plusieurs brevets, machines et savoir-faire auraient été délocalisés. « On nous pille et après on nous explique que le site n’est pas rentable » constatent les ouvriers. Ils n’oublieront pas Montupet qu’ils accusent de « délocalisations de fonds publics ». Le tribunal a mandaté une société pour expertiser le passif.

Même amertume au Printemps : « On abandonne de nombreux secteurs d’activité au fil des ans, on refuse d’investir et on laisse le bâtiment se délabrer, on vide les stocks, on laisse les rayons vides… ».

Dans les deux cas, les salariés croient, eux, en la pérénité de leur entreprise. Mais ils ne sont pas associés, et les décisions leur échappent.

Dernière similitude : l’ampleur des mouvements. A Ingrandes, ils étaient 400 à entamer les actions en septembre et aujourd’hui la solidarité est totale. A Poitiers, si certaines vendeuses se sont montrées prudentes dans un premier temps, elles sont aujourd’hui toutes rassemblées.

La comparaison entre les 480 ouvriers du châtelleraudais et la centaine d’employés du Printemps, très largement des femmes, s’arrête là. Car les perspectives ne sont plus les mêmes.

Au Printemps, l’heure est désormais à la recherche de solutions individuelles. Les représentantes du personnel ne sont d’ailleurs pas bien convaincues d’une mobilisation totale des services de l’Etat. Chacun des 46 employés Printemps a reçu une proposition de mobilité dans un autre magasin de la chaîne. Entre Paris, la vie chère, et l’éloignement à l’est de la France notamment, alors que les familles sont installées dans la Vienne, très peu ont accepté. L’avenir est donc bien trouble pour ces salariés déjà précaires (moins de 20% occupaient un emploi à temps plein). Il l’est tout autant pour les autres, celles qui ont le statut de démonstratrices, employées de boutiques résidentes (corners). Elles n’entreraient pas dans le plan social (Catherine Coutelle a saisi le ministre du Travail de cette anomalie) et certaines se voient imposer leur mutation, coincées par une clause discrète dans leur contrat de travail.
En liquidation depuis le 28 décembre, le Printemps Poitiers fermera définitivement ses portes le 28 janvier.
Endurcie par ses années syndicales pendant lesquelles elle dit avoir été « harcelée en permanence », assommée par ces derniers mois et la violence des choix financiers qui ont dicté le « sacrifice du magasin de Poitiers », Chantal Choisy reste passionnée par la vente. Après avoir anticipé un bilan de compétences l’été dernier, elle se donne le temps de murir un nouveau projet personnel.

Aux Fonderies, la procédure de redressement a permis d’identifier des interlocuteurs et de mener de véritables négociations. Pour les syndicats, il n’y pas d’autre horizon que la pérénisation de l’usine à Ingrandes. Pour eux, le repreneur ne peut être que Renault. « Les interventions de Catherine Coutelle à l’Assemblée Nationale nous ont permis d’attirer l’attention sur notre sort. Désormais, l’Etat se dit totalement mobilisé et nous assure d’un maintien des volumes de commandes de la part de Renault (dont il est actionnaire) pour au moins 5 ans ». Ils se veulent donc optimistes : « Nous avons des spécificités sur d’anciennes culasses et de belles perspectives avec de nouvelles pièces pour les nouveaux moteurs. (…) Et puis, on a réussi à durer jusqu’à la période électorale, cela devrait aider… » s’amuse Jean-Yves Huet.

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