Prostitution : s’informer pour mieux comprendre la réalité et les enjeux

Lundi soir, pas moins de 70 poitevin-e-s avaient répondu présents à l’invitation de Catherine Coutelle à Poitiers. Objectif ? Pédagogie et écoute. Car pour comprendre la proposition de loi « renforçant la lutte contre le système prostitutionnel » dont elle est la co-auteure, l’information et une claire vision des enjeux sont indispensables. Fidèle à ses convictions, la députée a donc voulu exposer, expliquer et débattre en circonscription. Pour que le processus de création de la loi ne soit pas déconnecté des citoyen-ne-s.

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La semaine prochaine, la proposition de loi portée par Maud Olivier et Catherine Coutelle sera soumise au vote des député-e-s en première lecture. Régulièrement, on lit ou entend de-ci de-là des avis très tranchés « pour » ou « contre » ce texte. En cause ? La responsabilisation du client, proposée par les députées, qui fait débat.

Une chaîne de responsabilités

Lundi soir, Catherine Coutelle s’attachait à mettre en lumière plusieurs faits. « D’abord, la prostitution aujourd’hui en France, ce sont des milliers de personnes prostituées – dans l’immense majorité des femmes – contre leur gré. Les chiffres officiels confirmés par ceux des associations le disent : à 90 % les personnes prostituées sont des esclaves. » Face à cela, la présidente de la Délégation aux droits des femmes pointait aussi du doigt la difficulté à lutter contre les mafias qui les exploitent, structurées en filières internationales tout comme celles de la drogue et des armes. « Pour lutter contre cela, il faut bien sûr lutter contre les mafias. Mais tant qu’il y aura une demande, ces réseaux prospéreront, s’adapteront. C’est pourquoi nous avons considéré qu’il fallait responsabiliser le client ». De quelle manière ? D’une part en « pénalisant l’achat d’acte sexuel », c’est-à-dire en créant une amende de 1500 euros pour les clients. Mais aussi en créant un « stage de sensibilisation ». Dans un cas comme dans l’autre : faire prendre conscience de sa responsabilité au client. « Il ne s’agit pas de s’acharner contre le client, mais qu’avec l’existence de la sanction, le client sache qu’il est en train de se rendre complice d’esclavage » explique Catherine Coutelle.

« Rien de châtoyant »

Autre argument souvent avancé par les contradicteurs du projet de loi Olivier – Coutelle : il serait mieux que les personnes prostituées soient dans des maisons closes, ce serait meilleur pour leur santé et leur confort. « L’exemple allemand dit le contraire, et l’Allemagne commence à vouloir revenir sur un réglementarisme qui contribue à augmenter la traite des personnes et certainement pas à mieux s’occuper dans leur santé. Contrairement aux idées reçues, les maisons closes n’ont rien de châtoyant ! »

Sur les véritables réalités de la prostitution, le témoignage de Rosen Hicher, conviée lundi soir, aura été particulièrement éclairant. Sortie de la prostitution, Rosen raconte aujourd’hui comment elle y est tombée par besoin d’argent pour vivre, comment elle a mis 22 ans à s’en sortir, combien elle a eu de difficulté à trouver de l’aide pour cela. Un témoignage poignant, un témoignage sur la réalité de vie des personnes prostituées et les violences quotidiennes qu’elles subissent.

« Une grande majorité de personnes prostituées subit la violence et l’exploitation au quotidien »

La réalité, c’est que toutes les personnes prostituées qui ne sont pas victimes de la traite ne vivent pas, loin s’en faut, d’un commerce aussi consenti et libre qu’on pourrait le croire. Le témoignage de Rosen en atteste (voir aussi notre article). « Bien sûr, nous ne nions pas qu’il doit y avoir en France quelques centaines de personnes prostituées qui exercent vraiment librement », relève Catherine Coutelle. « Mais comme le disait hier Marisol Touraine, le féminisme ce n’est pas accepter, parce qu’une petite minorité peut disposer de son corps en se prostituant, qu’une grande majorité de femmes prostituées subissent la violence et l’exploitation au quotidien». Légiférer pour protéger le plus grand nombre : c’est le choix, assumé, que fait la proposition de loi Olivier – Coutelle. « Quand viendra le temps de l’évaluation de l’impact de notre loi, nous verrons ce qu’il faut améliorer ». Un discours de fermeté qui a pour but de renforcer les droits des victimes.

 

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