Mener la bataille des idées

Ainsi Gérard Depardieu quitte la France…

Ce qui m’inquiète n’est pas tant le déménagement outre-quiévrain d’un acteur mais davantage ce qu’il provoque dans l’opinion publique, dans la presse, et surtout ce qu’il ne déclenche pas à gauche.

Nombreux sont ceux qui se scandalisent de ce bras d’honneur fait au pays dont il retire toute sa gloire et sa fortune. Philippe Torreton a raison de rire de la réaction indignée de Depardieu pour qui les bénéficiaires du RSA auraient sans doute dû faire une pétition de soutien, raison encore de clore l’épisode en lui affirmant qu’on se « débrouillera sans lui ». La séquence est choquante pour les Français qui galèrent, elle n’a pas manqué de faire réagir sur les réseaux sociaux ou dans les discussions entre collègues.

Et pourtant, bien des analystes ont demandé que l’on comprenne l’exil fiscal, bien des journalistes ont vu dans cette stratégie comptable personnelle matière à incriminer le gouvernement, accusé de faire fuir les Français réputés moteurs de notre économie, et ont ainsi excité le sentiment anti-impôt qui mine déjà la cohésion du pays.

On pouvait répondre que l’harmonisation fiscale européenne est urgente, c’est absolument vrai. On pouvait préciser les choses, signaler que Gérard Depardieu continuera à payer ses impôts sur le revenu en France et que d’ailleurs il serait moins taxé sur cette base que sur la fiscalité belge. Les impôts que paient la quasi totalité des Français (la TVA également) sont moins élevés que chez ces voisins. Il s’agit surtout pour l’acteur d’échapper aux taxes sur les plus-values, sur les très hauts revenus, rien qui ne concerne la grande majorité d’entre nous.

Mais on pouvait surtout dire pourquoi il y a des impôts, à quoi ils servent. Plutôt que de chercher le compromis immédiat, ou justifier maladroitement ce qui médiatiquement semble faire une vague, il est possible de surfer sur cette même onde médiatique pour porter le fer dans un combat politique. Les impôts c’est la solidarité nationale, ce sont les services quotidiens, c’est, dans la crise particulièrement, un idéal de justice. Les impôts c’est la sécurité pour tous sans finalement prendre beaucoup à ceux qui ont tant.

Les impôts c’est encore l’hôpital ou les forces de police dont Gérard Depardieu est un usager régulier…
Les calculs brandis par l’acteur faisant apparaître des taux d’imposition très élevés incluent probablement les cotisations patronales dont il s’acquitte. Ne laissons pas considérer les retraites ou la protection sociale comme des charges, c’est une contribution évidemment indispensable des employeurs à la vie de leurs salariés. Ne cédons pas même sur les mots.

La droite partisane est en difficulté, engluée dans ses querelles intestines. Mais, sitôt passée la défaite électorale du printemps dernier, elle est repartie à l’assaut de la bataille culturelle. Les pigeons ou les médecins ont fait entendre fort leur résistance à notre volonté de justice. Les plus réactionnaires se lèvent contre l’égalité des droits à l’occasion du projet de loi sur le mariage pour tous, mais faisant cela, ils repoussent encore le curseur du dicible dans une société divisée où chaque différence est problématique, sinon suspecte. Le droit de vote des étrangers patine encore devant les forces rétrogrades et Marine Le Pen avance sur du velours.

La gauche sait qu’elle doit, elle aussi, mener la bataille des idées. Quand bien même elle est au pouvoir. D’autant plus qu’elle est au pouvoir.

François Hollande et la majorité parlementaire ont, il y a quelques semaines, gagné dans les urnes, mais nous étions nombreux à être inquiets que cette victoire soit moins certaine dans les consciences. L’idéologie sarkozyste, la stratégie décomplexée du Front National, les rencontres entre l’une et l’autre, mais aussi la crise, ont installé des logiques détestables, ont anéanti des solidarités autant que des envies de solidarité…

Il est de notre responsabilité à tous de contrer ces logiques libérales, individualistes et réactionnaires. Il est de notre devoir à tous de combattre. Sans cela, le projet validé par les électeurs en mai ne peut se traduire dans la loi et dans les faits au cours du quinquennat. Il nous faut pousser à la roue en allant convaincre. Au Président de la République de fixer le cap, au gouvernement de mettre en œuvre : les feuilles de route ne manquent pas, sur des questions sociales au-delà des mesures sociétales… Et dans le même temps, aux élus (j’en prends ma part), aux militants politiques, aux associations, au peuple de gauche d’aller sur le terrain des idées. C’est la condition. Gagner dans les têtes pour gagner en France et en Europe.

Et si d’autres Depardieu s’en vont, ils ne convaincront qu’eux mêmes…

1 commentaire

  1. Oui, trois fois oui, à cette bataille des idées. C’est bien un combat idéologique brutal qui arrive ! Pour qu’il ait une chance d’être victorieux, pour qu’il entraine le plus grand nombre, il faut qu’il soit compréhensible, que les décisions fassent sens, que l’action politique soit lisible.
    OUI, TROIS FOIS OUI, AUX IMPOTS DIRECTS, à leur nécessité, à leur REFORME en profondeur. Il y a là un boulevard pour la gauche, sur la durée du quinquennat, avec un programme d’ensemble, pour une mise à plat complète.
    Il est urgent de réformer par étape mais de façon résolue l’ensemble de la fiscalité. Il faut prévoir des étapes annuelles, budget par budget, annoncer ce qui va être fait, et S’Y TENIR tant il est vrai que l’incertitude empêche de se projeter non seulement les entreprises mais aussi les ménages.
    Au lieu de cela on enregistre réformettes, colmatages et volte-faces qui autorisent chaque groupe de pression à se plaindre, à faire croire qu’il est plus assassiné que le voisin, espérant ainsi faire annuler la décision qui la concerne : les très riches, les « pigeons », les investisseurs, les retraités. Pire encore, cerise sur le gâteau, l’augmentation de la TVA, l’impôt le plus injuste qui soit, a été adoptée !!!
    Pourtant les propositions avaient été faites pour une vraie réforme fiscale lisible, juste et solidaire. Qu’attend le gouvernement pour l’initier? Qu’attendent les députés pour l’exiger ? Six mois déjà se sont écoulés, le temps se rétrécit très vite, l’urgence est impérieuse, il n’y a aucun droit à l’échec en cette matière.
    Cette bataille est la « mère de toutes les batailles » car sa mise en oeuvre conditionne le financement de la solidarité nationale, de la redistribution, des services publics et l’appui à une politique économique et industrielle enfin conformes aux idéaux portés par la gauche.

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