Mai 1968

Interview de Catherine Coutelle sur les évènements de Mai 1968

– Où étiez-vous et que faisiez-vous en mai 1968 ?

Je finissais mes études à Caen. Avec mon mari, nous sommes arrivés à Poitiers fin 1967 (pour 3 ans pensions-nous). Je commençais à préparer les concours d’enseignement (en histoire).

– Avez-vous participé au mouvement, et de quelle façon ?

Adhérente du PSU de Michel Rocard, j’ai participé activement à cette période de débats incessants, à chaque terrasse de café. J’ai pris part aux assemblées générales (réinventer l’université, discuter de nouveaux rapports de forces dans la société…), aux manifestations (dont celle du 13 mai, la plus massive qu’ait connu Poitiers)…
Dans le confolentais -où je réalisais des enquêtes pour un bureau d’étude, la perception des évènements était en total décalage avec ce que nous vivions à Poitiers. C’était un peu surréaliste. Les camions de fraises qui ne pouvaient atteindre Paris étaient distribués ; des régiments passaient vers des destinations inconnues ; les rumeurs les plus étonnantes circulaient.
En écoutant De Gaulle fin mai annonçant la dissolution, nous avons compris que le mouvement était terminé. J’ai alors fait ma première campagne législative pour notre candidat PSU. J’ai sillonné et découvert le département sans penser qu’un jour j’en serais députée.
C’était une période bouillonnante qui m’a permis de très vite m’intégrer dans une ville que je ne connaissais pas six mois avant et de construire des relations qui durent encore.

– 40 ans plus tard, pensez-vous qu’il faille « liquider l’héritage de Mai-68 », ou qu’au contraire cette période a encore une influence bénéfique sur notre société ?

Il n’est ni possible, ni souhaitable de « liquider le passé ». Aujourd’hui, nous l’analysons différemment mais cette période reste positive : réflexion, contestation de la sociéte de consommation (« les Choses » de Perrec nous avait marqués), arrivée massive d’une nouvelle génération (du collège à l’université, les locaux étaient trop petits), changements rapides des comportements, des modes d’éducation, des relations entre générations.
En France et ailleurs, ce mouvement était lié à l’arrivée de la nouvelle génération qui n’avait pas vécu directement la guerre et qui appréhendait le monde très différemment de ses aînés.
Dans toute période de rupture, le balancier va parfois un peu loin. Mais une grande part de cet héritage nous est toujours utile et beaucoup des combats de l’époque sont toujours d’actualité.

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