« La prostitution est une violence »

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Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des femmes, était hier auditionnée par la Commission spéciale chargée d’examiner la proposition de loi de Maud Olivier et Catherine Coutelle renforçant la lutte contre le système prostitutionnel. Interrogée sur l’importance d’une loi en la matière, la Ministre a réaffirmé ses convictions, précisant d’une part que la loi répond à des besoins importants et que d’autre part le Gouvernement mettra en œuvre les moyens nécessaires à la protection des personnes prostituées prévue par la proposition de loi.

« Le danger qui guette les personnes prostituées c’est le silence, l’emprise des réseaux et l’ignorance. La division partisane a longtemps enfermé leurs souffrances dans de vaines polémiques. Pendant des décennies, nous avons fait l’économie d’un travail de fond sur les politiques que nous voulons. Ce n’est plus le cas aujourd’hui grâce au travail que vous avez engagé depuis plus de deux ans, un travail qui est aujourd’hui arrivé à maturité. » Ainsi la Ministre des droits des femmes débutait-elle son propos hier en audition en saluant « l’engagement inlassable de Guy Geoffroy, de Maud Olivier et de Catherine Coutelle et, à travers sa présidente, de tous les membres de la Délégation aux droits des femmes, pour créer les conditions de cette initiative législative pour lutter contre la prostitution. »

Relevant que « proposer une véritable offre pour permettre l’insertion sociale et professionnelle des personnes prostituées est sans doute l’une des plus grandes ambitions de cette proposition de loi », Najat Vallaud-Belkacem relevait par ailleurs que cette ambition « le gouvernement l’accompagnera.»

« Des moyens pour accompagner les personnes prostituées »

Et de dresser avant tout le constat que «les crédits orientés vers l’insertion des personnes prostituées ont été divisés par trois au cours des cinq dernières années, passant de 6,7 millions d’euros consommés en 2006 à 2,2 consommés en 2011. Si le Ministère des droits des femmes a rétabli une partie des crédits perdus (2,4 M euros en 2014), ces crédits ne permettent pas une approche intégrée.» Pour réagir et faire face aux besoins, la Ministre a annoncé que l’objectif du gouvernement « est de permettre à toutes les prostituées qui le souhaitent de bénéficier de ce parcours de sortie de la prostitution. Le budget qui est donc en rapport avec cet effort se situe dans une fourchette allant de 10 à 20 M euros par an. Ces moyens viendront financer un accompagnement spécialisé, un meilleur accès aux droits.» Avec, de plus, l’annonce de la présentation « avant la fin de l’année, du premier plan gouvernemental contre la traite des êtres humains, qui a fait l’objet d’échanges intensifs ces dernières semaines avec toutes les associations concernées. Ce plan est conçu pour renforcer l’action contre le réseau, la coopération internationale, mais aussi pour faciliter l’identification des victimes et permettre leur accès aux droits.»

« Les réseaux ne comprennent qu’un message : la fermeté »

Najat Vallaud-Belkacem l’a redit devant la commission spéciale : « Nous sommes portés par une conviction. La conviction que la prostitution est une violence et que les prostituées sont des victimes de cette violence. » Ainsi validait-elle les orientations prises par la proposition de loi, particulièrement la suppression du délit de racolage passif et donc l’inversion de la charge de culpabilité au lendemain de l’adoption de ce texte.

Plus généralement, tout en soulignant qu’«il n’y a pas une prostitution mais de multiples phénomènes, qu’il faut prendre en compte dans leur diversité» et que c’est «l’une des forces de la proposition de loi que de répondre à cette diversité», la Ministre affirmait hier que «la prostitution, c’est la traite, les réseaux nous regardent. Ils suivent ce que nous faisons. Ils guettent les failles de notre législation. Ils ne comprennent qu’un message, celui de la fermeté. C’est le message qui est contenu dans la proposition de loi et auquel le gouvernement souscrit pleinement.»

 

> En vidéo, revoir toute l’audition de la ministre et les questions-réponses avec les députés présents pour cet échange

> Lire l’intervention de Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des Femmes, devant la Commission spéciale

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