La France, terre d’accueil

« Clandestins », « migrants », « exilés », « réfugiés », à force de naufrages, l’Europe a changé de vocabulaire.

En cette rentrée 2015, nos regards sont tournés vers le drame de ces réfugiés, hommes, femmes et enfants, fuyant la guerre et la barbarie, et qui meurent chaque jour en traversant les frontières et les mers. L’indignation née des images de ces milliers de morts, victimes des passeurs et de la méditerranée, et du petit syrien, Aylan, retrouvé sur une plage turque, a bouleversé les consciences. Mais n’oublions pas les migrations liées à d’autres souffrances politiques, économiques ou climatiques. 22 millions de migrants climatiques se sont déplacés cette année. Ils seraient 250 millions d’ici 2050. Cette situation nous ordonne d’agir.

Le contexte nous oblige aussi à regarder en arrière; tirer un bilan des lacunes des politiques publiques, trop frileuses et si souvent délaissées, en matière d’accueil, de logement et d’intégration. Alors que la situation nécessite une réaction d’ampleur, assumons nos erreurs, mesurons les efforts à accomplir pour construire ensemble une France généreuse, humaniste, et ouverte.

Agir pour que la France soit une terre d’accueil. Elle s’est construite par ses flux migratoires et grâce à la richesse de sa diversité. Issu de la Seconde guerre mondiale, l’asile est un droit inscrit dans notre Constitution. Le Président de la République l’a affirmé lundi, « C’est le devoir de la France. Le droit d’asile fait partie de son histoire, de son âme. Une histoire marquée par des générations d’exilés, de réfugiés ». Les États sont et doivent être en première ligne pour accueillir ceux qui fuient toutes les formes d’oppression. Aucun ne doit considérer que c’est le problème de l’autre. L’Europe a fait un premier pas avec la suspension du traité de Dublin en régulant la répartition des migrants sur le territoire. Mais elle doit aussi considérer qu’il y a là un sujet majeur à intégrer dans les politiques européennes.

Agir dans l’urgence pour mieux organiser l’accueil et l’accompagnement de toutes et de tous. Les défis sont nombreux : accueillir les réfugiés en garantissant la dignité humaine, travailler avec les territoires et les élu-e-s locaux pour organiser ensemble une intégration décente et rapide, renforcer les moyens d’accompagnement, notamment par l’école républicaine.

Agir pour encourager les initiatives politiques et citoyennes. La France prendra sa part, encore bien modeste, dans la résolution de cette crise en accueillant 24.000 réfugiés supplémentaires sur deux ans. Le Ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve réunit quant à lui samedi l’ensemble des maires mobilisés afin de concrétiser dans les meilleures conditions les propositions d’accueil qu’ils ont formulées. Ce n’est qu’une première étape mais il faudra aller plus loin alors que nos voisins allemands ont déjà accueilli chaleureusement 20.000 migrants en deux jours sur leur territoire.

On ne quitte pas sa terre natale par plaisir. On fuit la violence, la misère. Doit-on alors choisir qui sera accueilli en triant les « bons » et les « mauvais » ? Voulons-nous vivre derrière des barbelés ? On ne choisit pas la culture ni la religion de ceux que l’on accueille. Ne tombons pas dans le piège de ceux, à droite et à l’extrême droite, qui veulent « étiqueter » les migrants. L’immigration économique est elle aussi une chance pour notre pays, même en période de crise. Elle l’a été à différents moments de notre histoire. Elle a construit ce que nous sommes aujourd’hui. Ce sont des femmes et des hommes, des compétences et des opportunités nouvelles pour un pays comme la France. Un pays qui se ferme est un pays qui vieillit, se vide, et décline.

Améliorer les conditions d’accueil des demandeurs d’asile en France et en Europe, ce n’est pas créer un appel d’air, la situation actuelle en est la preuve contraire. Avoir des positions claires et courageuses, c’est faire preuve d’une nécessaire solidarité en redonnant tout leur sens au projet européen et aux valeurs de la République.

2 commentaires

  1. Merci, de rappeler et distinguer les causes de MIGRATIONS (de VOLONTAIRE à … CONTRAINTE) ; puis, au delà des réactions politiques épidermiques, de rappeler qu’en plus des réponses urgentes et ponctuelles, il convient de réfléchir à des « réponses à long terme » …

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  2. Il est tant de passer des discours aux actes, madame la Députée. Des commentaires, des articles, des prises de parole, il y a tous les jours. Et en même temps, on continue à traiter les migrants comme des malfaiteurs, on les expulse avec bulldozer et gaz lacrymogène (comme ce lundi 21 septembre à Calais à 7h du matin). Et que font nos députés? Y Où sont ils ? Y a t’il eu sur place, au camp de Calais par exemple, une commission d’enquête (non pas une visite organisée avec Valls ou Cazeneuve, non, une vraie rencontre sur place). J’ai honte pour la France et pour la démocratie. Heureusement, tous les jours des citoyens montrent l’exemple à nos politiques et s’engagent ! Mais cela ne suffit pas, et l’hiver approche à Calais !
    RV au concert de solidarité avec les migrants organisé avec Toit du Monde, le Secours Catholique et Médecins du Monde à Poitiers le 16 octobre à l’église St Cyprien !

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