Itron à Chasseneuil-du-Poitou, centre d’expertise du comptage intelligent en Europe

Dans la Vienne, la société ITRON, anciennement Schlumberger, spécialiste de la conception et de la production de compteurs d’électricité, poursuit sa mutation au rythme des évolutions technologiques et au bénéfice d’un engagement fort en recherche et développement. Sa stratégie repose désormais sur le déploiement des compteurs « intelligents » Linky à l’échelle du pays, peut-être au-delà. Le groupe avait invité vendredi 8 février Catherine Coutelle pour plaider la garantie d’une décision gouvernementale rapide sur le lancement du déploiement en France, « l’avenir du site industriel en dépendant », indiquent les dirigeants.

Leader mondial des solutions de comptage pour l’électricité, le gaz, l’eau et l’énergie thermique, le groupe Itron est présent dans 38 pays. En France, sur 8 sites (Argenteuil, Noisy, Issy-les-Moulineaux, Reims, Haguenau, Macon et Chasseneuil), il compte 1000 salariés et réalise 60% de son chiffre d’affaires à l’export. Faisant le choix d’une conception et d’une fabrication en France, il est un acteur important de la vie industrielle nationale. Privilégiant les partenaires économiques de proximité, il induit également un millier d’emplois indirects.

Itron Chasseneuil, une entreprise intégrée

A Chasseneuil-du-Poitou, l’activité est spécialisée dans les compteurs d’électricité : une production totalement intégrée (y compris désormais les cartes électroniques, auparavant en partie externalisées) mais aussi une activité de recherche importante avec 140 collaborateurs parmi les 360 salariés du site. Itron gère sur place l’ensemble du « parcours » des compteurs électriques : conception, industrialisation, fabrication, commercialisation, service après-vente, maintenance.

Catherine Coutelle a noté qu’Itron a su s’adapter à la révolution industrielle rapide de son secteur d’activité : compteurs électromécaniques puis électroniques et aujourd’hui « communicants ». La visite a permis à la députée d’échanger avec plusieurs salariés et de s’intéresser par exemple à la place des femmes dans l’entreprise, à l’égalité salariale ou encore aux conditions d’emploi (postures de travail, prévention des troubles musculo-squelettiques, etc). Les discussions ont également porté sur l’insertion d’Itron Chasseneuil dans le territoire et sur les liens tissés avec les établissements de formation, l’Université de Poitiers notamment. L’entreprise semble mobiliser de nombreux outils au service de la formation et de la mobilité interne de ses employés.

De même, la présentation des choix industriels a confirmé une nouvelle fois, après d’autres visites dans des secteurs d’activité différents, combien la réunion sur un même lieu d’une unité de recherche et développement et d’une unité de production était totalement bénéfique à l’une et à l’autre. Les ingénieurs ont besoin des retours rapides des agents de production sur les prototypes à l’étude ou des remontées techniques pour corriger, ajuster, les nouveaux produits. C’est donc aussi la présence des chercheurs qui assure souvent le maintien de l’activité de production, plutôt que de la délocaliser à l’étranger par exemple.

Le compteur « intelligent » Linky : composante essentielle de la transition énergétique

L’invitation faite à Catherine Coutelle était tout particulièrement destinée à la sensibiliser aux enjeux des compteurs dits communicants et l’importance pour l’activité de l’entreprise du calendrier de leur généralisation. Le remplacement des compteurs d’électricité résidentiels permettrait selon les dirigeants et selon ERDF d’une part de moderniser les infrastructures et d’autre part de « garantir la stabilité du réseau ». En clair : régulant potentiellement les consommations, il permettrait de mieux gérer les besoins et les pics, de mettre mieux en relation la demande (des consommateurs) et les besoins (en production, évaluation d’autant plus utile qu’il faut aussi prévoir la montée en charge de la production d’origine « renouvelable » d’ici 2020). Itron comme ERDF plaident aussi pour l’intérêt de ce nouveau compteur du point de vue du consommateur : meilleur contrôle de la consommation énergétique, donc possibilités de dépenses moindres, facturation sur consommation réelle… C’est aussi l’avis du médiateur national de l’énergie citant la ministre qui décrit : « un outil essentiel d’efficacité et de sobriété ».

Linky peut susciter des interrogations chez les consommateurs. Il y a d’abord la question du coût : combien va coûter le compteur (il est question de 120 à 240 euros…) ? Mais le consommateur ne devrait pas payer la facture alors même que les dépenses d’énergie pèsent de plus en plus sur le budget des ménages. L’équilibre de cet investissement (par ERDF à hauteur de 4,5 milliards d’euros) sera trouvé grâce aux économies que permettront ces compteurs.
Mais il y a aussi la question du caractère potentiellement « intrusif » de Linky : l’exemple du Smart Meter fourni par une société allemande qui permettrait d’identifier exactement le type et le nombre d’appareils connectés dans un foyer en inquiète plus d’un sur la protection de la vie privée, à juste titre… La CNIL répondra aux interrogations.

D’après une enquête (conduite par l’institut CSA), 89% des personnes interrogées sont prêtes à modifier leurs habitudes de consommation d’électricité pour réduire leur facture. C’est à cet enjeu qu’il s’agit de répondre (en même temps que se prépare le texte sur la tarification progressive de l’énergie).

Un coup d’envoi gouvernemental très attendu

Le déploiement de Linky à l’échelle de la France est toutefois aujourd’hui suspendu à la décision finale d’un appel d’offres pour leur généralisation, lancé par l’Etat. La Commission de Régulation de l’Energie (CRE) avait confié en 2007 à ERDF la mise en œuvre d’une expérimentation qui s’est terminée en 2011 après l’installation et l’observation de 250.000 compteurs communicants sur un territoire rural (Indre-et-Loire)et un territoire urbain (Lyon). En novembre dernier, la ministre de l’Ecologie, Delphine Batho relançait le projet et installait plusieurs groupes de travail. Avec l’objectif d’un coup d’envoi général en juin.

Vendredi dernier, les responsables d’Itron ont dit à la députée en visite leurs craintes quant à une éventuelle dérive d’agenda : le groupe ayant déjà fortement organisé sa stratégie industrielle en fonction de ce carnet de commandes à venir et de l’agenda annoncé par la Ministre. Plusieurs machines venues d’Angleterre ou du Portugal ont été rapatriées à Chasseneuil, et les dirigeants évoquent une somme de 6 millions d’euros investis en recherche sur ce compteur, 2 millions pour les moyens de fabrication et les nombreux salariés actuellement en formation pour assurer la production dans les meilleures conditions le moment venu. Dans le contexte économique actuel, l’incertitude rajoute à la difficulté pour l’entreprise à organiser son activité : « le site de Chasseneuil est aujourd’hui en forte surcapacité par rapport aux volumes actuels et attend un appel d’offres au plus vite », indiquent-ils.

Dès cette semaine, Catherine Coutelle a interrogé la Ministre pour s’assurer que le calendrier annoncé serait bien tenu, relayant également la nature des craintes de l’entreprise. La réponse ministérielle a été claire et ferme : le calendrier sera tenu. De quoi rassurer chez Itron et voir un projet industriel (recherche/développement/innovation/production) se développer sur le territoire.

 

1 commentaire

  1. Intéressant mais rien sur la localisation des actionnaires de l’entreprise, sur des parts de capital éventuellement tenues par les employés, rien sur les syndicats présents ou non, rencontrés ou non.

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