Inégalités Hommes-Femmes – Intervention ce matin

Catherine Coutelle intervenait ce matin dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances, volet : « Solidarité, insertion et égalité des chances ». Ci-dessous le texte prononcé qui portait sur les inégalités hommes-femmes et les droits des femmes.

 

 

 

 

Monsieur le Président,
Madame et Monsieur les Ministres
Monsieur le Rapporteur,
Chers collègues,

La mission « Solidarité, insertion et égalité des chances » comporte différents volets. Mon intervention portera sur le budget le plus modeste (29M Euro) : celui de « l’égalité entre les hommes et les femmes » … il ne concerne que la moitié de la société !

Selon le Forum économique mondial, l’inégalité entre les hommes et les femmes se creuse en France en 2009 pour deux raisons principales :
– la baisse du taux d’activité des femmes
– l’aggravation des écarts salariaux

Sous emploi, « mal emploi », précarité, faiblesse et inégalité des salaires : les discriminations persistent !

Si les femmes représentent 47% de la population active, si les filles réussissent d’avantage dans les études que les garçons, les emplois non qualifiés sont occupés à 60% par des femmes. Et 30% ont un emploi sans qualification reconnue.

A cette déqualification, s’ajoutent les emplois à temps partiels non choisis. En 2007, 1 femme sur 3 occupait un emploi à temps partiel. C’est à dire que 83% des temps partiels sont occupés par des femmes. Conséquence inévitable : le salaire mensuel moyen féminin n’est que de 926 euro.

Même quand elles travaillent à plein temps, les femmes sont payées deux fois plus souvent au SMIC que les hommes (20% contre 11%).

En cette période de crise économique, les femmes sont les premières touchées par les fins de contrat et leur non-renouvellement, les réductions d’horaires et le sous-emploi.
« Pauvres parmi les pauvres ». Comme le souligne le très recent rapport annuel du « Secours Catholique » qui a pris pour thème « la pauvreté au féminin » : tout un symbole ! Les femmes sont plus exposées à la pauvreté que les hommes.

L’autre marqueur de cette injustice entre les sexes, ce sont les écarts de salaire qui perdurent.

Votre gouvernement vient de reconnaître l’immobilisme en ce domaine. En 2007, lors d’une conférence tripartite, Xavier Bertrand, alors Ministre du Travail, avait promis de résorber ces inégalités pour 2010. Nous y sommes !
Ces jours-ci, Monsieur Xavier Darcos déplore une nouvelle fois les écarts de salaires criants et évoque un projet de loi en 2010. Mais il existe déjà 5 textes sur l’égalité salariale depuis la loi Roudy de 1983. Et pourtant, la rémunération des femmes reste en moyenne de 27% inférieure à celle des hommes.
Depuis 2005, les entreprises doivent présenter, dans leur bilan social, un volet consacré aux comparaisons des salaires entre hommes et femmes. Cette obligation est elle respectée ? Les informations sont-elles disponibles ? Permettent-elles d’exercer des pressions en termes de gestion des Ressources Humaines?

Ces discriminations se retrouvent bien sûr à l’âge de la retraite; la pension des femmes est inférieure de 40% à celle des hommes.
Cette différence justifie, à elle seule, le maintien de la majoration de 2 ans par enfant qui n’est qu’une compensation aux carrières inégales des femmes.
En effet, qu’elles soient seules ou non (et le nombre de familles monoparentales augmentent), les femmes assurent la plupart du temps la gestion quotidienne de la famille.
Est-il inéluctable que leur activité professionnelle en pâtisse beaucoup plus que celle des hommes ?
A la naissance des enfants, les pères réduisent leur activité 20 fois moins souvent que les mères.

Les naissances ont un impact considérable sur les carrières féminines. 40% d’entre elles ont déclaré un changement de situation professionnelle après l’arrivée du premier enfant.
Pour les femmes dans des situations précaires, le retour à l’emploi est rare ou plus difficile. Et le nombre de femmes sans emploi progresse au fil des naissances.

Une étude détaillée de l’INED en 2006 auprès de plus de 9000 personnes et entreprises a mis en lumière ces déroulements de carrière très antinomiques dans les couples au fur et à mesure des naissances et elle les attribue aux difficultés d’articulation vie familiale – vie professionnelle, à la répartition inégale des tâches, à la garde des enfants qui incombe surtout aux femmes.

Trouver une place en crèche est toujours aussi difficile.
Où en est le droit opposable à la garde d’enfants ? Votre réponse est- elle la création des jardins d’éveil par les communes ; est-elle de continuer à désorganiser l’école maternelle au moment où des pays européens regardent avec envie et intérêt ce lieu unique d’éveil, de socialisation, d’éducation et d’égalité ?

La France reste un pays des plus dynamiques en termes de fécondité. Les femmes souhaitent entrer et rester dans le monde du travail en conciliant leur travail et la vie de famille.
Un accompagnement des initiatives nombreuses mais trop fragmentaires d’articulation des temps de la vie. Voilà ce qu’on pourrait attendre d’une politique publique mais votre budget dans ce domaine est anecdotique (160 00 euro) donc insignifiant.
C’est un facteur, trop sous-estimé, d’exclusion et d’inégalité.

En conclusion. A l’heure du bilan à mi -mandat du Président de la République, celui concernant l’égalité hommes-femmes est l’un des plus décevants.

Sur les 11 engagements pris par le candidat, le Président n’a tenu qu’une seule promesse : l’inscription de l’égalité sociale dans la Constitution, grâce à un amendement soutenu par la gauche. Mais faute de sanctions, elle n’est pas appliquée.

Dans le monde du travail comme dans celui de la politique, sans mesure coercitive l’égalité ne progresse pas.
D’un bout à l’autre de l’échelle sociale, les femmes sont victimes de discrimination.

Ce gouvernement, qui a oublié d’être paritaire (une des promesses non tenues) n’a pas de ministère dédié aux droits des femmes et à l’égalité. Ce signe ne trompe pas.

La Révision Générale des Politiques Publiques a désorganisé les délégations départementales aux droits des femmes et le projet de loi de finances continue à y supprimer des emplois.

Ces quelques constats, mais la liste pourrait être beaucoup plus longue, témoignent que l’égalité, non seulement ne progresse pas, mais régresse. En 2007, Nicolas Sarkozy avait annoncé « je veux être celui qui démontre que l’on peut faire reculer l’injustice »

Je préférerai qu’on entende enfin Victor Hugo : « Une moitié de l’espèce humaine est hors DE L’EGALITE il faut l’y faire rentrer ».

1 commentaire

  1. la rémunération brute totale moyenne des femmes est inférieure de 27% ==> En terme de rémunération pur (même parcours, mêmes heures, etc.) la différence est de 5%, cette différence s’explique par le fait que les hommes s’investissent plus dans leur travail que les femmes (n’en déplaise à certains) et que par conséquent ils demandent plus souvent une augmentation. Mais si vous voulez mettre le doigt sur une inégalité flagrante entre les hommes et les femmes alors parlons de retraite. Une femme cotise autant qu’un homme (moins si elle a eu des enfants) alors qu’elle meurt plusieurs années après les hommes, par conséquent elle touche plus de retraite qu’un homme. Donc si on voudrait l’égalité il faudrait que les femme travaille au minimum 5 ans de plus que les hommes pour avoir une retraite pleine.

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