Gérard Vidal, Paysan actif à Marçay

Portrait-Rencontre à lire ci-dessous et à retrouver dans la lettre Autrement n°35 dans vos boîtes aux lettres la semaine prochaine


Agriculteur depuis 1976, Gérard Vidal exploite une centaine d’hectares à Marçay. Après des années d’élevages (moutons, poulets) et de vente directe, il s’est recentré sur les céréales (aujourd’hui blé, colza, lupin). Pendant une vingtaine d’années, il a travaillé dans un bureau d’études en déléguant une part de l’activité agricole.
Aujourd’hui, il mène de front quelques projets dans les domaines du tourisme et la reconquête du paysage. Gérard Vidal est conseiller municipal. Enfin, il vient de coordonner le recensement communal. Rencontre avec un touche-à-tout dont l’expérience éclaire quelques-uns des enjeux de la profession.

  Quel regard sur votre pratique agricole ?

  J’ai fait évoluer mon activité au rythme de coups durs (administratifs, financiers…) mais aussi de contraintes économiques, écologiques, règlementaires, etc.

  Je faisais du maïs irrigué. J’ai progressivement stoppé et aujourd’hui je n’en produis plus. On n’est pas certain d’avoir de l’eau chaque année.
Le colza, j’essaie d’anticiper l’évolution des cours mais je me suis parfois trompé. Pour le colza, la répétition de la culture presque 1 année sur 2 avec mon père depuis 60 ans fait que je suis arrivé à un palier fatidique en rendement.
Désormais, je crois au lupin. J’essaie de tester le bio, ou en tout cas d’amorcer de nouvelles pratiques. Si je convertis la production, ce sera en vue de la transmission à mon fils qui voit les choses plutôt de ce coté là…
Je veux essayer un peu d’apiculture par plaisir.

Tout en étant productiviste, je recherche une activité au plus proche de la raison (jachères apifères, jachères faune sauvage, passages grand gibier, réduction des traitements et engrais, etc).

  Je suis inquiet en revanche de voir la concentration des exploitations. Lorsqu’il n’y en a plus que 3 grosses dans une commune, pour moi, ce n’est plus de l’agriculture !
Mais les politiques ont fait n’importe quoi. Les aides n’ont pas été là où il le fallait. Lorsque des agriculteurs de la commune ou d’ailleurs, il y a trente ans, pouvaient envisager une démarche bio, tout les a encouragés à s’en écarter. Lorsque je faisais de la vente directe, cela marchait très fort. A l’époque, personne ne s’en souciait.
Aujourd’hui, on aide le bio à 100% mais les choix me semblent curieux. Le discours est souvent uniquement mercantile. Pourquoi renforcer le clivage bio/chimique alors qu’il faut aider, et pourquoi pas contraindre, l’ensemble de la profession à se transformer ? Les aides bio devraient être ciblées sur le maraîchage. La consommation de produits frais, sains et d’un prix raisonnable doit être encouragée de cette façon là.

  La dernière difficulté et pas la moindre, c’est la succession. Tant sur le plan financier et administratif que professionnel alors qu’aujourd’hui mes fils sont engagés dans d’autres métiers. En espérant que…

  Nous nous sommes rencontrés après les plantations de haies sur les champs de votre exploitation. En un mot, de quoi s’agit-il ?

  Il s’agit de reconquérir des biotopes, ce qui valorise également le paysage. L’opération est la première du Pays des Six Vallées. Elle a été pilotée par l’Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), l’association Prom’Haies et plusieurs collectivités qui ont apporté leur soutien.
Le projet c’est de planter 3 kilomètres de haies (1,5 km réalisé) sur 5 à 10 mètres de large avec des essences variées. Les populations de perdreaux ou de chevreuils baissaient fortement. Ce type d’initiatives se révèle très efficace. J’ai laissé 3 hectares en jachère pendant une dizaine d’années. En peu de temps, on a vu un troupeau d’une vingtaine de chevreuils se former et la population se refaire aux alentours.
J’entretiendrai ces haies. Je suis ravi de cette défense de la biodiversité et du partenariat qui a permis d’aboutir.

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