Femmes et adolescentes, oubliées de la lutte contre le sida

A l’occasion de la Journée Mondiale de Lutte contre le SIDA, ce 1er décembre, avec le Planning Familial et l’association Equilibres et Populations, avec nombre de mes collègues, nous avons voulu alerter sur la féminisation de l’épidémie. Une tribune publiée par Médiapart.

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Les femmes et les adolescentes, grandes oubliées de la lutte contre le Sida. Ce n’est pas une fatalité. Cela doit changer !

 

Dès les années 90, l’OMS révélait que le taux d’infection à VIH/Sida augmentait plus rapidement chez les femmes. ONUSIDA, en 2011, recense environ 2,2 millions de nouvelles infections dont 54,5% concernent des femmes. En Afrique sub-saharienne, cœur de l’épidémie, ce taux grimpe à 60%.

A l’occasion du 1er décembre,  journée de lutte contre le Sida, il est crucial de souligner que les perspectives ne sont pas réjouissantes notamment pour les jeunes chez qui les inégalités liées au sexe s’accentuent. Dans certains pays africains, une adolescente a sept, huit ou neuf fois plus de risques de contracter le VIH qu’un adolescent. Comment enrayer cette évolution ? Malheureusement, aucune réponse concrète, aucune action ne sont esquissées contre cette féminisation galopante de l’épidémie.

Non les femmes ne sont pas plus enclines à contracter le virus du Sida : si les facteurs biologiques existent, ils sont marginaux. Ce sont bien les facteurs culturels, sociaux, économiques et juridiques qui sont prépondérants. La dépendance financière, le niveau d’éducation inférieur, les abus sexuels, le système prostitutionnel et la traite des femmes, comme le manque d’accès à l’information et aux méthodes de prévention, assortis du déni des droits fondamentaux des femmes sont le creuset de cette féminisation de la pandémie.

Si les stratégies de lutte contre le Sida dans les pays en voie de développement se sont avérées moins efficaces qu’espéré, c’est qu’elles reposaient sur des idées reçues et contre-vérités. Non, le mariage ne protège pas du sida surtout si la femme n’a pas son mot à dire. Non, les adolescentes ou les femmes non mariées ne peuvent pas toujours compter sur le soutien de leur entourage. Oui, prôner l’abstinence pour les jeunes comme moyen de prévention est totalement inefficace ! Poser un tel interdit en niant la sexualité des jeunes favorise des prises de risques, invalide toute démarche de prévention et dénie aux jeunes filles le droit d’utiliser une protection.

Certes, la lutte contre le sida a fait des progrès significatifs, notamment dans la transmission mère-enfant. Mais avant d’être mère, chaque femme est avant tout une personne qui a le droit de se protéger de cette maladie. Si le « traitement comme prévention » apporte un espoir, cette approche n’éradiquera pas le VIH/Sida car le défi n’est pas uniquement médical.

La France contribue chaque année à hauteur d’environ 500 millions d’euros à la lutte contre les trois grandes pandémies dans le monde (VIH/Sida, tuberculose, paludisme). Elle doit peser de tout son poids pour exiger :

–          que les inégalités femmes/hommes soient prises en compte dans les domaines économique, culturel, social, et juridique, tout en facilitant l’accès à des modes de prévention adaptés aux femmes, et dont elles ont la maîtrise ;

–          qu’une communication continue sur le préservatif féminin, et sa mise à disposition à coût équivalent au préservatif masculin, soit organisée. Car cet outil de protection contre les infections sexuellement transmissibles et les grossesses non voulues contribue à promouvoir efficacement l’ensemble des droits en matière de sexualité des femmes et des hommes ;

–          que les recherches soient poursuivies pour une mise à disposition rapide et optimisée des microbicides.

S’attaquer aux inégalités de genre, limiter le nombre de femmes et de jeunes filles contaminées, c’est réparer, enfin, une injustice flagrante. C’est aussi avoir une approche globale bénéficiant à l’ensemble des sociétés, et ce bien au-delà de la seule lutte contre le VIH/Sida. Sinon, la lutte contre le sida restera une course sans fin.

La France doit donc pleinement intégrer cette approche des rapports sociaux de sexe et ce focus sur les droits des femmes dans les politiques de lutte contre le Sida qu’elle soutient. Elle a toute la légitimité pour défendre cette vision au plan international.

 

Signataires

Carine Favier, présidente du Planning Familial, Nicola Rainaud, Equilibres et Populations, Catherine Coutelle, députée, présidente de la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale, Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice, présidente de la Délégation aux droits des femmes du Sénat, Sandrine Mazetier, vice-présidente de l’Assemblée nationale, Sylviane Alaux, députée, Marie-Nöelle Battistel, députée, Brigitte Bourguignon, députée, Danielle Bousquet, rapporteure de l’Observatoire de la parité entre les femmes et les hommes, Christophe Bouillon, député, Naïma Charaï, conseillère régionale d’Aquitaine, Christiane Demontès, sénatrice, Guy Delcourt, député, Sébastien Denaja, député, Olivier Dussopt, député, Chantal Guittet, députée, Adeline Hazan, maire de Reims, Conchita Lacuey, députée, Annick Le Loch, députée, Jean-René Marsac, député, Martine Martinel, députée, Nathalie Nieson, députée, Ségolène Neuville, députée, Sébastien Piétrasanta, député, Christine Pires Beaune, députée, Barbara Pompili, députée Catherine Quéré, députée, Bernard Roman, député, Jean-Louis Touraine, député.

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