Emmanuel Delestre, directeur du service de prévention spécialisée à l’ADSEA

A lire dans le prochain numéro de la lettre Autrement (n°40 – Octobre 2011), une rencontre avec Emmanuel Delestre, directeur du service de prévention spécialisée à l’ADSEA.

Ci-dessous, le texte complet de l’interview (extraits dans la lettre).


Qu’est-ce que l’ADSEA ?

L’ADSEA (Association Départementale pour la Sauvegarde de L’Enfant à l’Adulte) est une association déclarée à but non lucratif, régie par la loi 1901. Elle s’est donné pour objectif, dans le département, la prévention et le traitement des difficultés qui conduisent les plus fragiles dans un processus d’exclusion et de marginalisation. 7 établissements ou services composent cette structure de 200 salariés. 22 personnes composent le Conseil d’administration. Le Président de l’association est Robert TIMON et le Directeur Général Olivier LAFON.

Je dirige un des services de l’association, le service de Prévention Spécialisée qui intervient sur les quartiers dits difficiles de Poitiers et de Châtellerault. 22 salariés interviennent sur cette mission, en majorité des éducateurs spécialisés.
Notre autorité administrative de contrôle et de tarification est le Conseil Général qui finance la plus grande part de l’activité de prévention spécialisée dans le cadre de la Protection de l’Enfance. Les deux villes et la CAF contribuent chacun dans leur domaine à notre activité. Les bonnes relations de travail avec le Conseil Général l’ont conduit, en 2010, à placer ces équipes au sein du service que je dirige.

Quelle est la mission de la Prévention spécialisée ?

Nous allons au contact des jeunes en rupture ou en voie de marginalisation sous les porches et dans les espaces publics. Les jeunes peuvent librement ou non adhérer aux propositions éducatives que nous leur faisons. La finalité de notre travail est de les rendre eux mêmes acteurs de leur insertion sociale et professionnelle. Le lien de confiance réciproque éducateur / jeune est prépondérant ; aussi les éducateurs ne reçoivent pas de mandat administratif ou judiciaire et fonctionne selon le principe d’anonymat des jeunes qu’ils côtoient. En 2010, notre action a bénéficié à 874 jeunes.
C’est un travail qui s’inscrit dans la durée pour des jeunes prioritairement entre 11 et 25 ans. Les mals être produisent des effets (incivilités, décrochages scolaires, violences, consommations de produits psychoactifs…). Les multiples supports éducatifs que nous mettons en œuvre nous permettent de les accompagner dans des prises de conscience progressives. Nous travaillons avec les familles, les services sociaux, les maisons de quartier, l’éducation nationale, les acteurs de l’insertion etc…
Il existe des conditions de réussite de notre action de fonds qui tiennent tout autant à l’articulation des politiques publiques (protection de l’enfance, politique de la ville et prévention de la délinquance) qu’à l’existence et à la qualité du réseau d’acteurs. Cela nous permet de constater régulièrement les réussites remarquables de certains jeunes.
Le métier d’éducateur de rue est un métier extrêmement difficile qui demande des qualités de d’observation et d’analyse, de communication, d’adaptation et un investissement important fondées sur des valeurs républicaines solides. L’éducateur de rue intervient à la fois dans les accompagnements individualisés tout en cherchant à mobiliser les jeunes et les habitants dans leur milieu de vie.

Les quartiers populaires souffrent. Quelles évolutions constatez vous ?

La conjonction du contexte sociétal, de repères éducatifs instables et les enjeux autour de l’habitat et de la méconnaissance réciproque des codes culturels (accueillants / migrants) forment des causes multiples à la situation vécue par les jeunes et les habitants des quartiers sur lesquels nous intervenons. Les difficultés financières et d’emploi se sont accentuées et jouent un rôle important dans l’évolution des situations individuelles et familiales.
Les tensions sociales m’apparaissent comme l’expression d’une recherche de reconnaissance et d’une revendication sociale des jeunes et des habitants à participer à la vie de la société.

Qu’attendez vous de 2012 ?

Je suis inquiet de la situation économique et des répercussions qu’elle engendre sur les personnes les plus vulnérables.
De plus, les quartiers populaires possèdent une part importante de jeunes. Ces jeunes sont les forces vives de demain. Transformer positivement l’énergie et le potentiel de ces jeunes est indispensable au bon fonctionnement démocratique. Les enjeux éducatifs et sociaux sont énormes.

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