Egalité professionnelle : améliorer la qualité de vie des femmes au travail

ImpressionLe projet de loi « droits des femmes » présenté début juillet en Conseil des Ministres par Najat Vallaud-Belkacem viendra devant le Parlement à la rentrée et comportera un important volet sur l’égalité professionnelle femmes – hommes. Dans cette perspective, la Délégation aux Droits des Femmes de l’Assemblée a commencé à travailler pour apporter en temps utile des précisions et améliorations par amendement. Sous la présidence de Catherine Coutelle, la députée du Doubs Barbara Romagnan conduira les travaux sur le sujet. Hier, les député-e-s de la DDF auditionnaient l’Agence Nationale d’Amélioration des Conditions de Vie au Travail (ANACT). L’occasion de constater notamment que les accidents du travail touchent de plus en plus les femmes, qui subissent de plus des contraintes spécifiques.

« Nous essayons d’intégrer le prisme de l’égalité femmes – hommes dans tous les aspects de la santé au travail. Quelle égalité d’accès à des emplois de qualité ? A une organisation du travail de qualité ? A des conditions de travail et à une prévention des risques égales ? » : pour Pascale Levet, Directrice technique et scientifique de l’ANACT, la ligne est d’autant plus claire que le besoin est réel : les inégalités femmes – hommes peuvent être aussi là où on ne l’attend pas, en l’occurrence dans la qualité de vie au travail…

+ 27% pour les femmes, – 20% pour les hommes

En la matière, quelques chiffres en disent plus que de longs discours. En 2011, les accidents du travail des femmes représentent un tiers des 650 000 accidents recensés en milieu professionnel. En rentrant dans le détail, on constate que, la même année, le nombre d’accidents a augmenté de 27% pour les femmes, tandis qu’il a diminué de 20% pour les hommes. De même, les travailleuses sont plus exposées (37%) que les travailleurs (24%) à une souffrance psychique liée au travail, notamment chez les cadres, ou encore aux accidents sur leurs trajets professionnels. Quelles causes ? Aujourd’hui l’ANACT, en l’absence d’études générales et approfondies, ne peut qu’avancer une hypothèse : les politiques de prévention ne seraient pas efficaces à les alerter sur les risque d’accidents dans leur emploi. Une méconnaissance qui renforce aussi un risque de mauvaises interprétations basées sur des préjugés.

Contraintes spécifiques des métiers et du temps partiel

Or de rares enquêtes viennent évidemment prouver que ce n’est pas le cas. La Direction de l’Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques (DARES), le prouve avec l’enquête Sumer 2010 (SUrveillance Médicale des Expositions aux Risques professionnels). Cette dernière montre que les femmes sont davantage exposées à des contraintes spécifiques : métiers en lien avec du public qui les exposent à des agressions verbales, pénibilité des métiers des services à la personne, métiers de la bureautique qui les expose plus aux écrans, bligation de se dépêcher de faire son travail plus vite pour assumer les contraintes familiales, etc…

Une autre étude, de l’IRDES cette fois, révèle quant à elle que l’absence des salariés à temps partiel est moins fréquente mais plus longue que celles des personnes travaillant à temps plein. Or on le sait, les emplois à temps partiel sont occupés à 80% par les femmes. Selon l’ANACT, on pourrait avancer sous réserve d’études plus fines que « cet absentéisme plus long pourrait être dû au cumul des effets sur la santé des conditions de travail pénibles » et à une difficulté d’accès aux soins du fait de la précarité. Sans compter que la moindre fréquence pourrait être aisément imputable au fait que l’arrêt du travail à temps partiel peut générer des conséquences économiques importantes sur les salariées et leur famille, surtout si elles élèvent seules leurs enfants.

Pour améliorer ? Mieux connaître et agir plus

Quelles pistes d’amélioration selon l’ANACT ? D’abord et avant tout, une meilleure connaissance des phénomènes. « Nous recommandons la production de statistiques sexuées sur la santé », indiquent Pascale Levet et la responsable pour l’ANACT du projet « Genres et conditions de travail », Florence Chappert. « Dans les bilans des organismes de la Sécurité Sociale, les grandes enquêtes nationales, les bilans sociaux, afin de promouvoir des recherches expliquant les écarts, et donc les dispositifs de prévention, dont les documents intègreraient notamment les risques pour la santé reproductive, les risques psycho-sociaux et la prévention du harcèlement. » Mais, disent-elles aussi, il faut aller plus loin que la connaissance et la prévention, et suggèrent des actions nouvelles. « Intégrer des données sur la santé dans les rapports de situation comparées à fournir par l’entreprise à l’Etat en serait une première. Mais il faudrait aussi revisiter l’ergonomie des postes pour que femmes et hommes puissent y avoir accès de façon égale, veiller à limiter les horaires atypiques, revoir les critères de mobilité souvent basés sur la « disponibilité » et l’ancienneté, corréler augmentation de la pénibilité et diminution des horaires de travail ou encore revaloriser les emplois à prédominance féminine en prenant en compte leur pénibilité. » Des pistes que les député-e-s de la Délégation aux Droits des Femmes ne manqueront pas d’explorer.

 

Un accord qui se fait attendreLes partenaires sociaux ont abouti, jeudi 19 juin, à l’idée d’un « accord expérimental pour 3 ans » sur la qualité de vie au travail et l’égalité professionnelle… mais dont le texte reste à signer. Les négociations, en cours depuis l’automne dernier, avaient été voulues par le Gouvernement et lancées lors de la Conférence sociale de juillet 2012. Un travail long et laborieux, qui a abouti jeudi dernier à un texte qui constitue certes une première mais dont la finalisation reste hypothétique. Et pourtant, l’objectif assigné par le Gouvernement était majeur : il s’agissait de faire de la qualité de vie au travail « l’objet d’un dialogue social organisé et structurant ».En octobre dernier, Catherine Coutelle alertait déjà sur la patente difficulté des partenaires sociaux à avancer et s’interrogeait déjà sur leur capacité à aboutir quand il s’agit de la question des femmes au travail… Les député-e-s de la DDF n’excluent pas d’agir, pour faire avancer les choses, par la voie parlementaire en coordination avec le Ministère si la voie de la négociation s’avérait malheureusement infructueuse.

 

 

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