Egalité femmes-hommes à Mayotte : les recommandations de la DDF

Mardi 28 juin, la Délégation aux Droits aux Femmes (DDF) de l’Assemblée Nationale a adopté un rapport d’information sur l’égalité entre les femmes et les hommes suite à une mission effectuée à Mayotte en novembre 2015. Trois membres de la Délégation – Catherine Coutelle, Monique Orphé et Virginie Duby-Muller se sont rendues sur place sur sollicitation du député Ibrahim Aboubacar afin d’approfondir les enjeux de la politique d’égalité femmes-hommes dans le département. Le point sur les enjeux de politiques publiques et les actions prioritaires à mener.

Afin de mieux comprendre les défis importants auxquels le territoire est confronté en matière d’égalité femmes-hommes, la Délégation s’est penchée sur le contexte social et culturel spécifique à Mayotte. Les coutumes et pratiques traditionnelles encore très présentes sur l’île donnent une place particulière aux femmes dans la société, et se traduisent par un contrôle social accru dans leur vie de tous les jours. Dans une société qualifiée de « matrilocale », la pression mise sur les jeunes filles autour du mariage est forte, et les déplacements des femmes non-mariées sont très contrôlés.

La langue est également une spécificité à prendre en compte : l’INSEE a ainsi établi que 60% des personnes en âge de travailler ne maîtrisent pas les compétences de base à l’écrit en langue française, et les femmes sont davantage en difficulté que les hommes. La Délégation rappelle que cette particularité doit être prise en compte dans la mise en œuvre des politiques publiques, en adaptant la communication et en traduisant les informations relatives aux droits des femmes disponibles (dépliants, spots télévisés…).

Plusieurs mesures ont été prises depuis le début des années 2000 en faveur des droits des femmes à Mayotte. En 2003, la polygamie a été interdite ; en 2010, l’âge légal minimum des femmes pour se marier a été relevé de 15 à 18 ans. Par ailleurs, les femmes assurent un rôle croissant dans l’économie, et elles sont actives dans la vie politique et associative. Le service départemental des Droits des Femmes est très dynamique pour faire progresser l’égalité réelle. Mais des avancées restent encore nécessaires.

Soutenir l’autonomie des femmes et lutter contre les violences

Les recommandations formulées par la Délégation s’orientent autour de deux priorités : soutenir l’autonomie des femmes en renforçant le système éducatif et l’accès à l’emploi, et renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes.

En dépit d’un développement massif de la scolarisation grâce à un budget en augmentation, le système éducatif de Mayotte reste en retard par rapport à celui de la métropole. Les taux de scolarisation, notamment au niveau de la maternelle, sont insuffisants, tout comme les résultats scolaires. Les jeunes filles sont encore plus pénalisées (grossesses précoces, sollicitation pour les tâches ménagères etc.). Cet inégal accès à l’éducation, doublé d’obstacles sociaux et culturels, a un impact sur le taux d’emploi des femmes : seulement 28% ont un emploi, contre 46% des hommes. Afin de garantir un égal accès à la scolarisation et aux opportunités d’emplois, la Délégation préconise plusieurs actions visant à encourager les jeunes filles à diversifier leurs choix d’orientation, et à apprendre le respect de l’égalité des sexes. Organiser l’accueil de jeunes enfants, installer des ateliers pour lutter contre l’illettrisme, développer l’offre de transports en commun sont des pistes essentielles pour faire augmenter le taux d’emploi féminin.

Enfin, afin de lutter efficacement contre les violences faites aux femmes et de protéger leur santé, le développement de l’accès à l’information est clé : information sur le Planning familial, sur l’accès à la contraception, ou encore sur les dispositifs de lutte contre les violences existant. La lutte contre les réseaux de prostitution est également à intensifier.

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