Eau : une audition à l’Assemblée Nationale

Mardi 28 juin, Bernard Chastan, chercheur au Cemagref (institut de recherche en sciences et technologies pour l’environnement), a fait, à l’occasion de la réunion du groupe Socialiste, Radical et Citoyen, un point sur la sécheresse. Il nous a éclairé sur la situation actuelle et sur l’avenir de la gestion de l’eau en France.

Le pays connaît depuis le mois de mai une inquiétante pénurie d’eau que l’épisode orageux rencontré au mois de juin n’a su endiguer. En effet, dès le mois de mai, 59 départements français ont décidé de restrictions sur l’utilisation de l’eau, soit les 2/3 du territoire. En comparaison, en 2003 et 2005, 60 départements avaient été touché par des restrictions d’eau à la fin de l’été, au plus fort de la crise.
Cette situation préoccupante est exceptionnelle. Il n’y aurait pas de lien avéré entre la sécheresse actuelle et le réchauffement climatique dans la mesure où les pénuries d’eau de ces derniers temps resteraient comprises dans l’éventail des variations naturelles normales du climat. Cependant, selon Bernard Chastan, ce type de situation pourrait dans l’avenir devenir habituelle. La sécheresse concerne effectivement des espaces plus grands sur des périodes plus longues. D’après l’étude réalisée par le Cemagref, on peut s’attendre à une forte diminution des pluies et à un assèchement progressif d’ici 2100.
Ainsi, cette situation de tension sur l’eau encore considérée comme exceptionnelle va tendre dans l’avenir à se banaliser. Il faut donc maintenant réfléchir aux différents usages de l’eau et à la manière de les adapter à un tel changement. De nombreux domaines sont touchés par cette réflexion : eau potable, agriculture, industrie, protection de l’écosystème aquatique, énergie nucléaire. Les centrales nucléaires au bord de la Loire ont ainsi besoin d’un débit minimum de 25m3/seconde pour se maintenir en activité. Ce seuil a déjà été franchi en 1949 avec moins de 10m3/seconde et aurait du l’être en 2003 et 2005 sans l’existence de plusieurs barrages sur la Loire. La sécheresse est un phénomène complexe dont l’étude peut exiger des compétences très variées. C’est le rôle de la science de fournir une analyse spécifique des pénuries en confrontant les besoins au usages de l’eau.
Cette confrontation est complexe : à l’heure actuelle les prélèvements dus à l’agriculture sont mal connus et les ressources en eau sont encore difficiles à évaluer. Les usagers sont au coeur de ces questions et des solutions peuvent être trouvées. Il est nécessaire de s’interroger sur le stockage de l’eau, de mettre en place des simulations d’irrigation avec les agriculteurs. Toutefois, il ne faut pas oublier que l’agriculteur n’est qu’une pièce du complexe agro-alimentaire et qu’il s’agit d’une problématique globale. J’ai d’ailleurs questionné M. Chastan au sujet de l’intérêt des retenues d’eau et des bassines mais il s’avère que le Cemagref ne dispose pas de connaissances et de modèles suffisamment complets sur la question pour m’apporter une réponse définitive.

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