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mardi 29 avril 2008

Madame Germaine TILLION

Quelques jours à l'étranger m'ont éloignée des détails de l'actualité, et je n'ai appris la disparition de Germaine TILLION qu'avec retard. Cette très grande dame de notre histoire disparaît alors que nous commémorons la tragédie concentrationnaire.

Le parcours de Germaine TILLION, entrée dans l'histoire de son vivant, est l'honneur des intellectuels engagés. De la Résistance à la déportation, du combat contre la guerre d'Algérie qu'elle connaît si bien, ses exigences de chercheur, de militante, de femme ont régi ses combats. Ses propos sur la violence, les débats de l'époque, montrent qu'elle se refusait malgré tout au manichéisme simplificateur cherchant par-dessus tout la justice dans l'exercice du combat contre le colonialisme.

Elle s'est battu jusqu'au bout, qu'il s'agisse des expulsions brutales des sans-papiers de Saint Bernard, de la torture en Irak ou de l'indigence de l'enseignement dans les prisons françaises.

Témoin du siècle, dans une actualité faisant la part belle aux people et aux faits divers, elle fait partie de notre conscience morale pour nous rappeler les exigences de liberté, de justice, de solidarité qui doivent nous guider.

vendredi 25 avril 2008

Rien de nouveau !

France Bleu Poitou tenait à m'interroger ce matin sur l'intervention tant attendue du chef de l'Etat.
Pour tout dire, je l'ai suivi en pointillés. En voiture entre deux réunions et le soir, en résumé.
Mais surtout, que dire d'une intervention qui n'annonçait rien de nouveau ? Nous étions ravis d'assister à la prestation orale de l'élève Sarkozy qui avait été recalé lors de son premier passage avec mention "En fait trop!".
Sur la communication, les choses ont semble t-il un peu évolué donc. Avec une mise en scène et un décor 100% Elysée, tout était contrôlé pour un changement d'image. Pour le président de la République, il fallait faire "davantage président". Il y a du mieux.

Mais pour le reste, les choses sont plus inquiétantes. Les français inquiets semblent fortement majoritaires. Je reste dubitative sur ce qui aura pu les rassurer hier soir. Les erreurs- puisqu'il fallait au lendemain d'un échec cuisant aux municipales reconnaitre des erreurs- seraient erreurs de communication ! Rien d'autre !
Pourtant j'observe que Nicolas Sarkozy a passé la plus grande partie de l'émission en défensive. Retranché dans ses 22, on aurait pu attendre qu'il inverse le jeu. Sans changer de côté du terrain radicalement - ne rêvons pas - on aurait pu penser qu'il lui "tait possible de se frayer un chemin différent dans la mêlée. Il a préféré foncer droit devant. Et avec lui, c'est la France toute entière qu'il envoie dans le mur.

Objectif affiché de la soirée : "pédagogie". Mais expliquer n'a jamais voulu dire : prendre les gens pour des imbéciles. "C'est difficile, comprenez moi, et ....... on va continuer !", voilà ce qu'a dit Nicolas Sarkozy aux français.
A tous ceux qui, par leur vote en mars, ont adressé un message, il répond : "Vous ne m'avez pas compris. Je ne changerai rien, je vais vous expliquer".
Sauf que la politique de ce gouvernement demeure illisible et inefficace. Le maintien du programme du candidat Sarkozy condamne durablement les familles les plus modestes. Simplement quelque chose a changé depuis la campagne électorale : les illusions sont tombées. Les françaises et les français ont compris. L'espoir a disparu.
Le bilan de cette première année de mandat est catastrophique. Les français vivent cette action par la négative : "moins d'espoir, moins de pouvoir d'achat, moins de protection sociale, moins de proximité...". Celui qui devait aller "chercher la croissance avec les dents" se défait soudainement de toute implication dans les difficultés du pays

Premiers responsables donc : les français qui ne l'auraient pas compris.
Coupables suivants: les autres : les pays étrangers, le pétrole, les grandes surfaces, etc...

La faute aux autres. La recette est connue. Il sera difficile de l'utiliser encore 4 ans.
Ce n'est en tout cas pas cette réponse qu'attendaient nos concitoyens !

jeudi 17 avril 2008

Aimé Césaire s'est éteint

Aimé CESAIRE était à la fois un poète, un écrivain, un enseignant, un maire, un député, un socialiste et tant d'autres responsabilités qui ont rythmé son engagement humaniste, autant d'expériences qui imposent notre respect et provoquent notre tristesse à l'annonce de la disparition de celui qui aimait à se dire "de la race de ceux qu'on opprime".
On retiendra de l'ami de Léopold Sédar Senghor, le concept de négritude, la création des départements d'outre-mer, son Discours contre le colonialisme mais aussi de superbes poèmes bercés par la même révolte, le même appel au réveil des identités culturelles, au principe de dignité humaine et à la responsabilité historique des peuples.
La Martinique est en deuil, la France entière pleure un grand homme.

 

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?

Aimé Cesaire - "Cahiers du retour au Pays natal"