
Eric Besson a envoyé sa circulaire aux préfets pour exiger en toute urgence l'organisation d'un débat sur « l'identité nationale ».
Le fallait-il ?
Certainement pas lancé sous cette forme ! Pourquoi confier cette tâche aux préfets ?
Oui, ce débat pourrait être intéressant. Comme beaucoup d'autres. On ne peut pas refuser un débat à l'heure où nous en manquons tant. La thématique pourrait regrouper des points intéressants à côté desquels nous ne pouvons passer. La gauche ne craint pas ces questions mais les termes du débat sont mal posés et Camus disait « mal nommer les choses c'est ajouter au malheur du monde ».
Surtout, deux éléments posent problème :
l'initiateur de ce débat : j'avais été profondément choquée par l'intitulé du ministère de l'immigration et de l'identité nationale, les français ne l'ont jamais accepté. Cette seule compétence ministérielle suffit à fausser la nature du débat qui nous est proposé.
le moment du débat : la ficelle est grosse. Comme Sarkozy a joué avec la peur et la sécurité avant les élections présidentielles et européennes, Besson agite aujourd'hui le chiffon de l'immigration. Ils chassent en direction de l'extrême droite à la veille des régionales.
Pour ces deux raisons, ce débat ne peut être apprécié et sera forcément détourné de ce qu'il aurait pu apporter au pays.
Interrogeons-nous sur la nature du malaise qui a pu justifier ce type d'initiative.
Oui les valeurs de notre pays sont menacées. Pas par l'immigration, loin s'en faut. Pas parce que la jeunesse de notre pays les aurait oubliées ou que les français délaisseraient ces valeurs essentielles du pacte républicain. Mais bien parce que ces valeurs sont aujourd'hui maltraitées par le pouvoir en place !
Lorsqu'à Versailles, Nicolas Sarkozy disait situer son action dans la droite ligne du programme du Conseil National de la Résistance, on s'interroge. Son action politique constitue l'exact opposé de ce qu'entendait alors défendre ce texte écrit en 44, qui ressoudait notre pacte social et s'appelait « Nos jours heureux ».
« Assurer la liberté de la presse et son indépendance à l'égard des puissances d'argent »
Organiser « l'éviction des grandes féodalités financières de la direction de l'économie »
Organiser le « retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurances et des grandes banques »
Créer un « plan complet de sécurité sociale » dont la gestion sera confiée « aux représentants des intéressés et de l'Etat »
Assurer une « retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours »
etc, etc
Ces extraits du texte du CNR nous renvoient évidemment aux attaques permanentes contre la démocratie, aux cadeaux d'un président de la République à ses amis dirigeants de grands groupes, au détricotage minutieux de la sécurité sociale en faveur des assurances privées, aux privatisations de GDF, de La Poste, à l'affaiblissement des retraites, etc...
Les appels du patronat à liquider ce texte redoublent de vigueur ces derniers mois. Le gouvernement accompagne ces reculs sur les acquis fondamentaux.
Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est le pacte social qui nous lie, appuyé sur des valeurs que nous partageons :
La solidarité ? On vient d'en dire un mot sur le programme du Conseil National de la Résistance.
La laïcité ? Le discours du Latran du Président de la République qui préfèrerait le « prêtre à l'instituteur pour l'éducation des enfants » avait scandalisé.
L'égalité ? Qu'elles soient géographiques, générationnelles, hommes-femmes, sociales, économiques, salariales, sanitaires, alimentaires, etc...les inégalités explosent. Un fossé se creuse dans une société fracturée.
Ces injustices aboutissent à l'exclusion. Ces exclusions sont le principal obstacle pour croire au pacte social qui permet à chacun de vivre en société.
Comment défendre un projet commun, des valeurs communes, quand, pour différentes raisons, une partie de la population en est exclue?
Il faudra dire un mot de l'immigration qui est indispensable, riche pour notre pays, solidaire pour le monde, doit être contrôlée évidemment... mais dont la maîtrise doit rester humaine. Le traitement réservé aux étrangers en situation régulière ou irrégulière est inacceptable.
L'accueil de « l'Autre », le refus d'une hiérarchie entre les cultures : telles étaient les leçons des travaux de Claude Levy-Strauss
Quant à « la fierté d'être français »... pourquoi poser cette question?
Je suis française parce que j'y suis née, d'autres le deviennent par une démarche volontaire mais je suis citoyenne d'Europe et ouverte au monde. J'ai la chance de vivre dans un pays développé et pacifié. A chacun de nous d'en garder le ciment et de le rendre accueillant.
J'assume toute l'histoire du pays mais je ne peux me retrouver dans la France que Sarkozy et Besson nous construisent.