à

                                                     Monsieur Xavier DARCOS
                                                     Ministre de l’Education nationale
                                                     110 rue de Grenelle
                                                     75357 PARIS 07 SP

                                                     Poitiers, le 17 juillet 2008

 

   Monsieur le Ministre,

   Vous avez changé de manière autoritaire le rythme de la semaine scolaire en demandant très rapidement aux acteurs concernés d'organiser la rentrée 2008 selon ce projet largement contestable. Fin juin, l'Inspection d'Académie de la Vienne validait les propositions des conseils d'école et des collectivités. Quelques jours plus tard, les directives de vos services entendaient balayer ces accords, en méprisant alors la concertation que vous aviez vous-même souhaitée.
   L’ensemble des maires de ma circonscription s’apprêtaient à vous lancer un appel commun, comme l’ont fait ceux de la Communauté d’Agglomération de Poitiers, avec un constat simple : les vacances scolaires ont débuté et il est impensable de modifier encore l’organisation de la rentrée pour un calendrier différent de celui communiqué aux parents d’élèves et personnels.
   Votre cabinet a, depuis, accepté de faire marche arrière et de valider la semaine scolaire issue de la réflexion de la communauté éducative toute entière ainsi que des acteurs du péri-scolaire. Je souhaite vous en remercier tant cette nouvelle décision devrait permettre d’envisager plus sereinement la rentrée après le trouble que vous avez créé.

   Cet épisode est clos mais il laisse des traces, et de l'amertume de la part de ceux qui se mobilisent localement pour faire vivre le système éducatif. Ils goûtent très peu les mesures de votre ministère, votre politique éducative et sa gestion chaotique.

   Ils s'inquiètent, comme moi, pour l'avenir de l'école publique et je veux me faire la porte-parole de nombreuses tensions sur le terrain :

- 11 200 puis 13 500 suppressions de postes en 2 années. Si ce n’est pas la quantité qui assure la réussite, tout laisse à penser que cette diminution drastique de moyens ne fera qu’affaiblir notre système éducatif. Dans la circonscription, ce sont 8 classes gelées dont une, en Zone d'Education Prioritaire. Une fermeture de classe, c’est parfois la mort d’un village, c’est souvent son déclin. Ce sont très souvent des classes surchargées, ce sont toujours des possibilités pédagogiques diminuées.

- Ces mesures s'appliquent particulièrement à l’école maternelle. Est-ce le début de sa disparition, souhaitée par certains ? Le problème de l’accueil des 2-3 ans (ces enfants qui ne sont plus accueillis en crèche mais pas non plus acceptés à l’école) ne fait que s’aggraver avec ces coupes franches dans les effectifs d’enseignants. Il y a là une véritable source d'angoisse pour les familles. Nadine Morano souhaite améliorer l'accueil des jeunes enfants, vos mesures contredisent ces annonces. Alors qu’il y a urgence pour une politique publique ambitieuse pour la petite enfance, ces attaques contre l’école maternelle sont graves.

- L’assouplissement de la carte scolaire, tel que vous l’avez entrepris, vient renforcer les inégalités et mettre en difficulté des établissements. Alors que des lycées dans la partie la plus rurale du département enregistrent de nombreux départs, certaines classes en centre-ville accumuleront jusqu’à 38 élèves l’an prochain. Les premiers rapports confirment nos craintes d'une ségrégation sociale accélérée.

- La réforme des programmes scolaires suscite les vives réactions de nombreux professeurs des écoles. Ils véhiculent une vision passéiste de l'enseignement. Il ne s'agirait plus d'éduquer mais d'instruire. Au lieu de favoriser la réflexion, vos textes défendent un apprentissage mécanique de règles et de concepts. L'école doit rester le lieu de formation de citoyens éclairés.

- Le secteur de l’éducation populaire est, lui, mis à mal par les mesures budgétaires (baisse des subventions, suppression de postes de mise à disposition). Ces associations reconnues complémentaires de l’école sont indispensables si nous voulons enrayer la reproduction des inégalités sociales, si nous voulons donner plus à ceux qui ont moins. Elles font un travail de qualité dans les quartiers, dans les communes rurales et la poursuite de ce désengagement de l’Etat les condamnerait.

- Le projet que nous examinons actuellement sur l’instauration d’un service minimum à l’école constitue inévitablement un transfert de charges important et des problèmes en cascade pour les communes et les écoles qui devront le mettre en place. Comme souvent avec les textes de cette majorité, la règle est la précipitation et l’improvisation, oubliant chaque fois que les élus et les professionnels doivent tenter de gérer les conséquences nombreuses, y compris financières, pour le territoire et ses acteurs.

- Enfin, la question du temps scolaire évoquée plus haut me préoccupe. Le rythme de la semaine de 4 jours fait l’objet des plus fortes réserves des chronobiologistes de l’enfance. Mais surtout, nous avons désormais l'année scolaire la plus courte d’Europe : 140 jours. Ce résultat est inquiétant pour la réussite des enfants et surprend dès lors que l’on défend l’école comme moyen de lutte contre les inégalités. Il est surtout alarmant lorsque, dans le même temps, les députés de la majorité, présentent un amendement permettant que les salariés puissent travailler jusqu’à 250 jours par an. Derrière ce casse-tête pour les familles qui jonglent entre les modes de garde ou parfois doivent renoncer à travailler, se pose la question de la conciliation de la vie familiale et de la vie professionnelle que vos politiques déstabilisent fortement. L’école est au cœur de l'organisation de notre société. Chacune de ses évolutions modifie profondément le rythme de tous, parents ou non, enseignants ou non.

   J'ai souhaité grouper l’ensemble de ces interrogations car les mesures que vous avez prises et qui préoccupent nos concitoyens ont toutes, sinon la même logique, du moins les mêmes conséquences. Vous déstabilisez l’école publique, vous mettez en difficulté les enseignants, les parents d’élèves et leurs enfants, les élus locaux, le secteur associatif péri-scolaire. Tous déploient imagination et dynamisme pour aménager des décrets qu’au fond, ils contestent. L'attachement des français est profond pour les services publics (démontré par les récentes enquêtes d'opinion), et pour l'école publique particulièrement. Il permet de fédérer les énergies. Cette dynamique est brisée par vos décisions et c'est aujourd'hui, toute une société qui doute.

   Au cœur de l’été, avant que les écoliers ne reprennent leurs cartables, je souhaite, Monsieur le Ministre, que vous puissiez nous rassurer. Nous défendons une société de l’éducation, vous devez entendre les françaises et les français qui relaient ce message.

   Je souhaite que les prochaines décisions que vous prendrez puissent être réfléchies à la lumière des préoccupations et des attentes que j’ai voulu vous transmettre ici.

   Souhaitant malgré tout, à tous les élèves et à leurs familles, une excellente année scolaire, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l'assurance de ma considération distinguée.

   

           Catherine COUTELLE