Laïcité
Par Catherine Coutelle, jeudi 17 janvier 2008 à 17:13 :: Députée :: #121 :: rss
En introduisant le concept de la « laïcité positive » et en critiquant notre modèle français où le fait religieux est considéré comme relevant du privé, Nicolas Sarkozy s’attaque à une valeur essentielle de notre démocratie.
Nul n’ignore l’héritage culturel légué par le christianisme dans l’histoire de l’Europe et de la France, mais y insister, comme cela a été fait à Rome, aboutit à nier les autres sources de l’identité française. C’est faire le jeu d’un communautarisme dangereux que de lancer un appel aux catholiques convaincus en ignorant les pratiquants des autres religions et les agnostiques.
Lorsque Jean-Pierre Raffarin se pique de théologie en déclarant que « l’apostasie n’est pas une force de progrès », il sort de son rôle. Les Chefs de l’Etat de la Vème République ont tous, jusqu’à ce jour, estimé que leur conception relevait du privé. Par son attaque de la morale laïque de Ferdinand Boisson, l’ancien premier ministre oublie que ce grand pédagogue, un des fondateurs de l’école de la République, fut longtemps un modèle européen. Il est vrai que dans le discours de Rome, le pasteur était préféré à l’instituteur !
Pour les Républicains, la laïcité est une valeur fondamentale. Elle garantit le respect des autres, de tous les citoyens. La remettre en cause, c’est commettre de graves fautes comme le souligne le philosophe Henri Pena-Ruiz : faute juridique en privilégiant une valeur spirituelle sur une autre ; faute politique en ne distinguant pas les convictions personnelles du président de la fonction et du mandat exercés au nom de tous les français ; faute morale en restreignant l’espérance au seul fait religieux ; faute historique en n’évoquant dans l’héritage chrétien de l’Europe, que la part positive et en oubliant inquisition et guerres de religion ; faute culturelle majeure enfin en revenant sur la conception d’une nation unie, et en exaltant le particularisme d’une religion.
Il ne faut pas laisser la France entraînée dans cette dérive politique et intellectuelle. L’article 1 de notre constitution nous rappelle que la France est une « république indivisible, laïque, démocrate et sociale ». C’est notre conception de la liberté et de la tolérance.
Catherine Coutelle
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