Aimé Césaire s’est éteint

Aimé CESAIRE était à la fois un poète, un écrivain, un enseignant, un maire, un député, un socialiste et tant d’autres responsabilités qui ont rythmé son engagement humaniste, autant d’expériences qui imposent notre respect et provoquent notre tristesse à l’annonce de la disparition de celui qui aimait à se dire « de la race de ceux qu’on opprime ».
On retiendra de l’ami de Léopold Sédar Senghor, le concept de négritude, la création des départements d’outre-mer, son Discours contre le colonialisme mais aussi de superbes poèmes bercés par la même révolte, le même appel au réveil des identités culturelles, au principe de dignité humaine et à la responsabilité historique des peuples.
La Martinique est en deuil, la France entière pleure un grand homme.

 

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture
on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer – parfaitement le tuer – sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu’on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d’une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?

Aimé Cesaire – « Cahiers du retour au Pays natal »

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